Parlons-en du premier saut. Un vrai traumatisme!
J'y suis allé relativement confiant, étant accompagné de deux moniteurs pour la phase de chute libre et rêvant depuis des années de sauter. On s'installe rapidement dans l'avion qui décolle dans la foulée, on est un peu à l'étroit dans la carlingue mais l'avion monte sans attendre à 2500m larguer quelques parachutistes puis il monte à 4000m, largue les autres occupants et c'est notre tour (je simplifie un peu là). Je m'avance au milieu de la porte, un brin sous tension, regarde le premier moniteur à gauche pour qu'il me donne son autorisation, je refais la même chose avec le second à droite, je respire un bon coup et on saute tous les trois.
Et là, c'est dément! Mais dément genre plus proche du sens premier que de l'utilisation courante de nos jours! Tout va très vite, dans un bruit assourdissant. On tombe rapidement de 4000 à 2000m en fonçant à 200 km/h droit vers le sol. Je ne réfléchis pas, je fais les exercices de contrôle d'altitude et du hand deploy. Arrivé à 1700m, il faut ouvrir son parachute en balançant le hand deploy loin de soi mais comme je ne le trouve pas, un moniteur le déploie pour moi.
Après une brusque décélération, je me retrouve suspendu à un peu plus de 1000m du sol, seul sous ma voile, avec juste un contrôle radio depuis le sol. Après trois minutes à lutter contre les vents et ma peur, je finis tant bien que mal par atterrir (m'écraser serait un terme plus approprié) à quelques dizaine de mètres de la cible.

Je peux vous dire que ce premier saut m'a rendu malade, nausée et transpiration non-stop pendant pas loin d'une heure après une hyperventilation pendant tout le saut. A tel point que j'ai eu plus de mal à m'élancer hors de l'avion au second saut en fin de journée qu'au premier! Tout mon corps et une grande partie de mon esprit me disaient de ne plus jamais faire un truc pareil!

Je ne les ai heureusement pas écoutés et j'ai ressauté plusieurs fois depuis. J'en suis maintenant à mon sixième saut réussi (plus ou moins) en trois jours et si l'appréhension reste présente au moment de s'élancer hors de l'avion, je sais que je maitrise suffisamment ma chute libre et mon vol sous voile pour arriver à bon port. Enfin, si j'ai bien plié ma voile correctement avant de sauter, car c'est à nous de le faire! (avec vérification par des moniteurs quand même!)

Je commence à apprendre les bases du déplacement suivant les trois axes (rotation, roulis, tangage) et j'ai déjà fait des sorties dos au vide ou roulé en boule. Lorsque le vent n'y met pas trop du sien, j'arrive à atteindre la cible au sol lors de l'atterrissage en suivant le circuit d'approche. Bref, tout commence à se mettre en place.

Reste que la chute libre est toujours si intense, si énorme, que j'ai du mal à m'en souvenir après un saut. Tout va si vite que je ne réfléchis pas, je fais le programme que j'ai répété dans ma tête des dizaines de fois avant le saut en priant pour ne pas rater un truc, je contrôle l'altimètre régulièrement et pense à déplier mon parachute avant la barre fatidique des 1500m.
Je sais que dit comme ça, ce n'est pas très glamour mais c'est là où j'en suis après six sauts. La chute libre est tellement intense que je n'ai ni le temps de prendre du plaisir à "voler" ni le temps de ressentir ne serait-ce qu'un peu d'adrénaline.

N'empêche, j'ai enfin réalisé un rêve que j'ai depuis que je suis tout gamin en côtoyant les nuages. Et tant pis si ma vie ne tient au final qu'à quelques fils et un peu de toile que je range après chaque saut en me demandant si je ne fais pas une boulette qui va me couter la vie...

Contrairement à ce que je pensais, il y a une proportion non négligeable de femmes parmi les parachutistes mais au moins 80% des personnes du centre sont ou ont été militaires de carrière. Même parmi les huits PACmen de ma formation, nous ne sommes que deux civils et j'étais le seul à n'avoir jamais sauté auparavant.

Il y aurait tellement d'autres choses à dire mais je ne vais pas écrire un roman non plus. Je vais continuer ma formation jusqu'au bout et éventuellement tenter le brevet A pour lequel il faut avoir effectué 15 sauts si la météo le permet d'ici dimanche prochain.
Si vous êtes sages et que vous me promettez de ne pas parler de baleine dans les cieux, je vous mettrais une vidéo de mes six premiers sauts la semaine prochaine. Pourquoi seulement les six premiers? Parce qu'à partir de maintenant je saute seul du début à la fin et qu'il n'y a donc plus de moniteur pour m'accompagner en vol, me conseiller et me filmer! Encore quelque chose qui promet d'énormes sensations!!